Lettre ouverte à Monsieur le Préfet

 

Monsieur le Préfet,

 

         A la suite de notre action sérieuse et résolue depuis moins d’un an, argumentée scientifiquement et techniquement,  juridiquement très étayée – action largement relayée par la population, ses élus de tous bords, et par diverses collectivités territoriales, dont le Conseil général de Vaucluse unanime, la presse, la radio et la télévision locale-- la direction générale de SITA-Méditerranée (groupe SUEZ-Environnement) par la plume de Monsieur Leterrier, son directeur général, a finalement renoncé à son projet de solliciter de vos services, l’autorisation d’ouvrir à Pernes, dans la gravière qu’elle gère actuellement en dépit du bon sens réglementaire, un centre technique d’enfouissement spécialisé alvéolé pour y déposer des déchets d’amiante lié.
A la plus grande satisfaction de toute la population, légitimement inquiète, et fière de ce recul obtenu par une action collective solidaire.

 

          Pour autant, le problème de la gestion des centaines de milliers de tonnes de déchets d’amiante non traités demeure partouten France. Notre association a encouragé et fait connaître  la réflexion et les recherches d’une équipe de scientifiques toulousains de haut vol, autour du Professeur DELMAS.

Elle a mis au point un process chimique expérimental de neutralisation de la toxicité de l’amiante, dont le développement à grande échelle pourrait résoudre la lancinante question de leur recyclage à moyen terme, tout en fabriquant des sous-produits inertes réutilisables immédiatement par l’industrie.

La phase des essais de faisabilité de ce process se termine, et nous saurons prochainement si une filière industrielle est en mesure de se mettre en place rapidement en France.

          De son côté, madame la Ministre de l’Environnement a accepté notre proposition  d’organisation  auprès des services techniques de son Ministère (Direction générale de la prévention des risques), d’un groupe de travail  sur la valorisation des déchets d’amiante lié, autour des préconisations du même professeur DELMAS, comme alternative définitive à l’enfouissement.

               

     Hélas, pendant ce temps à Pernes, comme si de rien n’était, SITA-Méditerranée gère son aire de décharge de manière à la fois totalement irresponsable et illégale, en y acceptant, au défi des clauses strictes du décret d’autorisation préfectorale d’ouverture de 2008, des déchets épars d’amiante sous la forme de canalite, d’éverite, de canalisations de fibrociments anciens amiantés, mais aussi de goudron et de divers produits que son cahier des charges très strict lui interdit d’y déposer.

Nous vous avons alerté sur ce scandale dès le mois de décembre 2010 par lettre recommandée, vous demandant d’intervenir avec fermeté pour faire cesser cette pratique de mise des élus et de la population devant le fait accompli.

Nous attendons toujours votre réponse.

Votre silence est d’autant plus paradoxal, que les ministres nous répondent et s’engagent…


         Depuis des mois, l’association CINEA 84  constate l’accumulation têtue, à l’air libre, à proximité des maisons et de l’aérodrome de Carpentras, de ces déchets poussiéreux actifs. Elle a alerté la Presse, fait constater par Huissier la situation, et vous a requis, photos à l‘appui, pour mettre fin à ce nouveau scandale local de santé publique.

Lorsque le Maire de Pernes a voulu faire procéder par sa Police municipale à une inspection visuelle in situ, mettant en œuvre ses prérogatives légales de police et de santé publique, ses policiers ont été mis à la porte sur ordre de SITA, par le gardien de la décharge (!)  Son  comportement menaçant et provocateur vis-à-vis de quiconque --parmi les nombreux riverains-- vient  légitimement s’enquérir  de la situation qui les inquiète, commence à provoquer un trouble manifeste à la sécurité et au voisinage. Vigiles privés contre police ???

Qui dit et fait la Loi sur cette décharge ?


         L’accumulation qualifiée hypocritement dans la presse d’accidentelle par le directeur de SITA, est pourtant systématique : chaque benne déposée contient quelques éléments dangereux, facilement repérables, comme les membres compétents du Bureau de l’association ont pu les photographier et étudier régulièrement  ( voir ces éléments  sur notre site http ://cinea84.  asso-web.com/).

L’article 8 de l’arrêté préfectoral du 2 février 2008 oblige SITA à procéder à une aspersion permanente d’eau afin d‘empêcher la formation de poussières, et ne pas gêner la circulation des avions sur l’aérodrome. Elle n’existe pas, de même que le moindre contrôle visuel à l’entrée de la décharge… redevenue littéralement sauvage

.

 

Entre le 18 et le 23 avril 2011, l’entreprise a procédé à un régalage des dépôts par un pousseur à chenille, et à un début de compactage pour niveler le terrain, provoquant pendant plusieurs jours un nuage de poussière dense (la photo n’est pas « floue ») contenant par la force des choses, une grande quantité de fibres d’amiante cancérogène, dispersées  par le mistral à grande distance.

Qui seront les prochaines victimes ?

          Cette procédure hebdomadaire obligatoire d’enfouissement n’avait jamais été effectuéedepuis septembre 2010, mais SITA a du coup « oublié » l’obligation légale d’extraire AVANT les éléments d’amiante lié sous forme de fibrociment, qui –selon la loi, et la lettre de recommandations du CETE-Méditerranée-- doivent être isolés, emballés dans des doubles big bags, afin d’être ensuite transportés vers la principale décharge d’amiante autorisée en PACA, à Bellegarde du Gard.

SITA connaît pourtant bien les règlements.

Aujourd’hui, ces éléments toxiques actifs sont enfouis de manière IRREVERSIBLE et resteront dangereux pour les générations à venir. SITA se moque des décrets signés, et gagne du temps.

Pas vu, pas pris ?

               

         Le CETE-Méditerranée avait procédé le 27 octobre 2010 à une inspection sur les lieux, et constaté de nombreuses anomalies.

Depuis cette date, nous avons pu constater qu’aucune des préconisations écrites faites à SITA n’a été respectée en six mois. Cette entreprise semble inaccessible à la LOI… Est-elle protégée ?

(Les récentes « affaires » des décharges en PACA- et ailleurs- en passe d’être étouffées, nous le font craindre).

               

         Il nous semble, monsieur le Préfet de Vaucluse, que vous ne vous émouvez pas de cette situation, ce que nous regrettons, car nous vous avons à quatre reprises déjà présenté de manière exhaustive, documents à l‘appui (photos d’huissier), cette situation hors la Loi.
         Monsieur le Préfet, vous n’avez jamais répondu à nos lettres, même recommandées… même appuyées par les députés. C’est pourquoi celle-ci est OUVERTE.
         SITA se conduit depuis un an avec un total mépris du principe de précaution, en parfaite entreprise au-dessus des lois, et met RÉELLEMENT en danger la santé des riverains.

        Dans le contexte actuel d’angoisse environnementale renforcée (nous sommes trop près de Tricastin, et Fukushima a augmenté le sentiment d’impuissance ; une colère unanime s’est manifestée en Provence devant les menaces insupportables d’exploration des gaz de schistes), cette prise cynique de risque par SITA devient obscène, car elle est évitable.

               

        Nous souhaitons, monsieur le Préfet de Vaucluse que vous soyez plus menaçant et ne fermiez plus les yeux sur ces agissements délictuels, potentiellement cancérogènes.

Les habitants du Comtat méritent un minimum de respect. Vous avez à leur égard un devoir de protection. La sûreté passe aussi par l’écoute de leurs  doléances, et l’application ferme des Lois.

          Le concept de la faute inexcusable est né de la pratique de certains industriels de l’amiante.

Faudra-t-il désormais l’utiliser dans le champ lucratif de la gestion des déchets dangereux, à l’encontre de ceux (industriels, politiques, agents de la fonction publique, qui en toute connaissance des dangers, font néanmoins prendre des risques dont la population, et les salariés pourraient avoir à souffrir, ainsi que l’histoire du Comité permanent AMIANTE l’a malheureusement démontré) ?

         Je vous remercie, au nom de la population de cette région,  au biotope particulièrement riche et original -- donc menacé-- de vouloir bien prendre en compte notre requête, et d’entreprendre enfin une LÉGALISATION de cette décharge, assortie des sanctions prévues par la Loi, décharge dont la gestion sauvage est porteuse d’un trouble du voisinage, d’une menace sanitaire avérée, peut-être d’un trouble à l’ordre public, et provoque un stress et une colère bien normales chez les riverains.

Nous serons sensibles à votre réaction.

 

           Je vous demande de croire, monsieur le Préfet, à ma haute estime.

 

                                                                              Jean-Jacques Lottin



Ajouté le 12/05/2011 par Jean-Jacques LOTTIN - 0 réaction

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