Lettre de relance à Madame KOSCIUSKO-MORIZET, Ministre de l'Environnement

                                                                                             

Madame le Ministre,

 

                L’Association CINÉA 84 de Pernes (Vaucluse) a sollicité le Ministère de l’Environnement à plusieurs reprises depuis un an, pour lui demander d’appuyer son action auprès du Préfet de Vaucluse, afin qu’il refuse d’accorder à l’entreprise SITA-Méditerranée une autorisation de convertir une décharge de classe 3 -- qu’elle gère actuellement dans une gravière instable qu’elle possède à proximité d’une zone habitée dense, au cœur de plusieurs AOC provençales très réputées, au pied du Ventoux-- en centre technique d’enfouissement alvéolé d’amiante lié.

Cette entreprise ne présentait en effet dans son projet que peu de garanties de sécurité sanitaire pour les habitants, et ses pratiques actuelles sont très cavalières...


                Messieurs FERRAND et BOUCHET, députés de Carpentras et de Cavaillon se sont fait plusieurs fois les relais de notre action auprès de vos services. La plupart des Maires du Comtat Venaissin, de nombreuses collectivités territoriales et tous les Conseillers généraux de Vaucluse nous soutiennent. Notre pétition a reçu plus de 9000 signatures en quelques mois.
A la suite de cette action, très relayée par la presse, la radio et la télévision locale, la direction générale de SITA-Méditerranée (groupe SUEZ-Environnement) a finalement renoncé à son projet, à la plus grande satisfaction de toute la population, légitimement inquiète.

 

                Pour autant, le problème de la gestion des centaines de milliers de tonnes de déchets d’amiante non traités  demeure, et notre association a suscité la réflexion et la recherche d’une équipe de scientifiques toulousains, autour du Professeur DELMAS, qui a mis au point un process chimique expérimental de neutralisation de la toxicité de l’amiante, dont le développement à grande échelle pourrait résoudre la lancinante question de leur recyclage sur une période de dix ans, tout en fabriquant des sous-produits inertes réutilisables par l’industrie.

 

                Vous avez bien voulu, dans votre lettre à Monsieur le député FERRAND, datée du 3 mars 2011, lui annoncer que vous acceptiez notre proposition de mise en place auprès des services techniques de votre Ministère (Direction générale de la prévention des risques), d’un groupe de travail et de réflexion sur la valorisation des déchets d’amiante lié, autour des préconisations du professeur DELMAS, comme alternative à l’enfouissement.
Nous aimerions connaître les suites de cet accord.

       

                Par ailleurs, SITA-Sud à Pernes, gère sa gravière de manière à la fois totalement irresponsable et illégale, en y acceptant, au défi des clauses de l’autorisation d’ouverture préfectorale de 2008, des déchets épars d’amiante sous la forme de canalite, d’éverite, de canalisations de fibrociments anciens amiantés, mais aussi de goudron et de divers produits que son cahier des charges très strict lui interdit d’y déposer.


                Depuis des mois, l’Association découvre l’accumulation à l’air libre, à proximité des maisons et de l’aérodrome de Carpentras, de ces déchets poussiéreux. Elle a alerté la Presse, fait constater par un Huissier la situation, et requis du Préfet, photos à l‘appui, qu’il intervienne pour mettre fin à ce nouveau scandale de santé publique.

Le Maire de Pernes a voulu faire procéder par sa Police municipale à une inspection visuelle in situ. Ses policiers ont été mis à la porte par le gardien de la décharge (!), sur ordre de SITA, dont le comportement menaçant vis-à-vis de quiconque --parmi les nombreux riverains-- vient s’enquérir légitimement de la situation qui les inquiète, commence à provoquer un trouble manifeste à la sécurité et au voisinage.


                L’accumulation qualifiée « accidentelle » par le directeur de SITA, est bien systématique : chaque benne déposée contient quelques éléments dangereux, comme nous avons pu le photo-graphier et l’étudier quotidiennement ( voir ces éléments déposés sur notre site http ://cinea84.  asso-web.com/).

L’article 8 de l’arrêté préfectoral du 2 février 2008 oblige SITA à procéder à une aspersion permanente d’eau afin d‘empêcher la formation de poussières. Elle n’existe pas. De même que le moindre contrôle visuel à l’entrée de la décharge… redevenue sauvage.

 

 

 

 

Entre le 18 et le 23 avril, l’entreprise a procédé à un arasage des dépôts par un pousseur à chenille, et à un début de compactage pour niveler le terrain, provoquant pendant plusieurs jours un nuage de poussière dense (la photo n’est pas floue) contenant par la force des choses, une grande quantité de fibres d’amiante cancérogène, gênant le trafic à l’aérodrome qui jouxte la décharge.

 

Cette procédure hebdomadaire obligatoire d’enfouissement n’avait jamais été effectuéedepuis septembre 2010, dans cette zone de mistral dominant, mais SITA a du coup « oublié » l’obligation légale d’extraire les éléments d’amiante lié sous forme de fibrociment, qui doivent être isolés, emballés dans des doubles big bags, afin d’être ensuite transportés vers la seule décharge d’amiante autorisée en PACA, à Bellegarde du Gard. Cette directive leur a été notifiée directement dès 2008.

Et SITA connaît bien les règlements.

Aujourd’hui, ces éléments sont enfouis et resteront dangereux pour les générations à venir.

               

                Le CETE-Méditerranée avait procédé le 27 octobre 2010 à une inspection sur les lieux, et constaté de nombreuses anomalies.

Depuis cette date, nous avons pu constater qu’aucune des préconisations écrites faites à SITA n’a été respectée en six mois. Cette entreprise semble inaccessible à la LOI… Est-elle protégée ?

 

                Et il nous semble que le Préfet de Vaucluse ne s’en émeut guère, ce que nous regrettons, car nous lui avons à cinq reprises présenté de manière exhaustive, documents à l‘appui (photos d’huissier), cette situation.
Monsieur le Préfet n’a jamais répondu à nos lettres, même recommandées… même appuyées par les députés.


                SITA se conduit depuis un an avec un total mépris du principe de précaution, en parfaite entreprise au-dessus des lois, et met RÉELLEMENT en danger la santé des riverains.

Dans le contexte actuel d’angoisse environnementale (nous sommes trop près de Tricastin, et Fukushima a augmenté le sentiment d’impuissance ; enfin, une colère unanime s’est manifestée en Provence devant les menaces insupportables d’exploration des gaz de schistes, calmée par votre judicieuse intervention), cette prise cynique de risque devient obscène, car elle est évitable.

 

                Nous souhaiterions que le Préfet de Vaucluse soit plus menaçant et ne ferme pas les yeux sur ces agissements délictuels, potentiellement cancérogènes.

La population du Comtat mérite un minimum de respect.

La faute inexcusable est née de la pratique de certains industriels de l’amiante. Faudra-t-il désormais  l’utiliser dans le champ lucratif de la « gestion » des déchets dangereux ?

 

                Je vous remercie, au nom d’une grande partie de la population de cette région au biotope particulièrement riche et original, donc menacé, de vouloir bien prendre en compte notre requête, et de demander au Préfet d’entreprendre enfin une LÉGALISATION assortie des sanctions prévues par la Loi, de cette décharge dont la gestion est porteuse d’un trouble sanitaire à terme, et provoque un stress légitime chez les riverains.

 

Je vous demande de croire, Madame le Ministre, à ma très haute estime.

 

                                                                                                                       Jean-Jacques Lottin, Président



Ajouté le 02/05/2011 par Le Président - 0 réaction

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