Le 30 novembre 2010 - Lettre à Monsieur le Préfet de Vaucluse

                                         Pernes le 30 novembre 2010

   

                                         A Monsieur le Préfet de Vaucluse, Avignon

     

Monsieur le Préfet,


CINEA   84 s’est créée à Pernes en vue d’organiser la mobilisation des habitants et des élus face au danger que constituerait pour la santé publique, et la sécurité civile, l’ouverture d’une décharge destinée au stockage de déchets amiantés au cœur des vignobles de Pernes, le long de l’aérodrome.


L’ensemble des élus du Conseil Général de Vaucluse a voté une délibération contre cette ouverture.

Le député de Carpentras,  la COVE, les SORGUES du COMTAT  et de nombreuses municipalités qui accompagnent les 8000 signataires de notre pétition, confortent notre opposition.


Nous avons rencontré l’entreprise SITA Méditerranée, afin de négocier une  alternative industrielle au simple enfouissement qui lègue à nos descendants une bombe à retardement. SITA s’était engagée à faire une étude complémentaire, et à expertiser les processus de valorisation-recyclage des déchets en Europe. Nous leur avons fait des propositions concrètes de mise en place d’une concertation technique avec des scientifiques de renom (dont le Pr DELMAS).


Nous n’avons pas eu de suites à cette offre.


Mais nous avons appris par la presse que SITA différait sa demande d’autorisation afin de « donner un délai supplémentaire à la maturation de solutions de recyclage ».


Dont acte.


Dans le même temps, elle sollicitait du préfet des Bouches du Rhône une prolongation de son centre d’enfouissement des Pennes Mirabeau, qui sera saturé en 2015.


Continuant notre expertise des alternatives industrielles, nous avons demandé à Monsieur BORLOO de diligenter la mise en place d’un groupe de travail technique sur cette question, ce que son directeur de cabinet s’est engagé à faire dans sa réponse du 26 octobre à Monsieur FERRAND, député de Carpentras. Nous souhaitons que vous encouragiez la nouvelle ministre à reprendre cet engagement à son compte.


Notre bureau s’est rendu le jeudi 25 novembre sur les bords de la décharge, dans l’enceinte de l’aérodrome, pour procéder à une inspection citoyenne des déchets VISIBLES. A notre effarement, nous avons constaté qu’à fleur de sol, non enfouis, ni contenus dans les double-bags réglementaires, de nombreux morceaux d’amiante-ciment Éternit étaient abandonnés au vent, attendant qu’un bulldozer les enfouisse plus profondément, ce qui provoquera de façon mécanique la libération de fibres actives ne demandant qu’à s’envoler.


(Nos photos ont été authentifiées par un huissier de justice)

Ce sont des fibres actives, vivantes et cancérogènes, malgré les constantes dénégations de SITA qui s’entête à les baptiser INERTES, afin de pouvoir les déposer dans des décharges ordinaires.


L’amiante est là en quantité importante, COMME DANS UNE VULGAIRE DECHARGE SAUVAGE, et nous ne comprenons pas pourquoi, dans ce cas, solliciter une « autorisation » de dépôt.


Cette décharge fonctionne depuis 2002, et en 2008 SITA a sollicité de vos services l’autorisation d’y stocker de l’amiante lié. Votre refus les a amenés à peaufiner la sécurisation des déchets, TOUT EN COMMENÇANT  À LES DÉPOSER EN VRAC, MALGRÉ VOTRE INTERDICTION.


Est-ce pour faire « régulariser » officiellement à posteriori un état de fait délictueux ? Une insulte dans tous les cas au principe de précaution, et le départ d’un second « scandale de l’amiante ». D’ailleurs, personne ne semble savoir quel est le classement actuel de cette gravière de Pernes…


CINEA 84 a toujours été constructive, fédérative et respectueuse du dialogue institutionnel.


Aujourd’hui, forts de nombreux soutiens, nous exigeons des mesures radicales pour mettre fin à cette mascarade de Pernes : nous pensons qu’il faut d’urgence obliger SITA à fermer cette décharge illégale, non autorisée à recevoir des déchets toxiques comme l’amiante, et la sécuriser vite avant que le vent ne disperse encore plus les fibres qu’elle contient ; il faut faire procéder à une expertise de génie sanitaire pour évaluer la quantité d’amiante clandestine que contient déjà cette gravière sans protection spéciale, ni alvéoles de confinement.


Il faudra ensuite envisager un suivi des personnels qui ont côtoyé cette décharge sans protection réglementaire, par la médecine du travail.

Enfin, il faudra exiger de SITA qu’elle nettoie cette décharge et sauvegarde par cette mesure la santé et la tranquillité de la population.


A terme, elle devra être définitivement sécurisée dans le respect des normes environnementales européennes, étanchéisée  et recouverte d’une couche d’argile d’un mètre, puis replantée.


CINEA 84 procèdera rapidement à une inspection citoyenne d’autres gravières de Pernes dédiées aux déchets du bâtiment, afin de vérifier qu’elles ne contiennent pas d’amiante-ciment.


La loi de 1996 a vu progressivement ses décrets d’application concernant le traitement de ses déchets vidés de  toute contrainte en matière de sécurité civile et de risque sanitaire. Il est grand temps que le pays et son Parlement se saisisse de ce problème lancinant afin qu’il ne devienne pas un second scandale de l’amiante. C’est l’honneur de Monsieur FERRAND de l’avoir bien compris.


Enfin, nous nous réservons, en fonction des résultats des diverses expertises, d’envisager des suites judiciaires en réparation d’un préjudice moral pour les riverains, et d’une éventuelle faute inexcusable pour l’exploitant de ce stockage, ainsi que la jurisprudence de la loi décembre 1996 l’a progressivement installée.


Il n’est plus possible d’être spectateur de cette affaire. Elle nous concerne tous.


Nous avons fait savoir depuis avril sa gravité alors potentielle, aujourd’hui CONCRÉTISÉE.


L’abandon irresponsable d’amiante à Pernes est une faute grave (et hypocrite) qui doit provoquer des mesures radicales et des sanctions.


Nous allons donc les exiger.


Je vous prie de croire, Monsieur le Préfet, à l’expression de ma haute considération.


Pour le Bureau de CINEA 84, le Président.

 

 



Ajouté le 22/12/2010 par Pour le Bureau, le Président - 0 réaction

Réagir


CAPTCHA